L’art du haïku, poème minimaliste d’origine japonaise célébrant l’évanescence de la vie et des émotions, serait-il compatible avec un voyage initiatique au Mexique, à la découverte de la jungle et de la civilisation maya ? C’est ce que l’auteur, Minh-Triêt Pham, a tenté de prouver, dans ce treizième recueil trilingue de photo-haïkus, au cours d’une échappée belle, onirique et intersidérale, sur la péninsule du Yucatán. Il y sillonne notamment parmi les vestiges d’impact de Chicxulub et les sites classés au Patrimoine mondial de l’UNESCO, dont l’incontournable Chichén Itzá, également l’une des sept nouvelles merveilles du monde.
Au fil des pages, poète et baroudeur, il nous emmène dans un monde fantastique et intemporel ; il éveille nos sens de l’aventure et des péripéties, où se mêlent sacré et sacrifice, légende et histoire, mystère et contemplation. Le lecteur, entre poésie et photographie, sobriété textuelle et esthétique visuelle, est amené à s’évader dans l’univers de l’auteur, à vivre les évènements au rythme du haïjin-routard. On s’implique activement dans la pérégrination comme si on y était, et longtemps on reste ébloui dans les poussières d’étoiles et les sillons d’une civilisation disparue...
tombée du jour —
sur les marches de la pyramide
remonter le temps
anochecer —
en las escaleras de la pirámide
retroceder en el tiempo
nightfall —
on the pyramid’s steps
going back in time
Tout au sud de l’Allemagne, du grand lac de Constance au magnifique Königssee en traversant les contreforts des Alpes bavaroises, et aussi quelques sites du Patrimoine mondial de l’UNESCO, la Deutsche Alpenstraße est incontestablement l’itinéraire le plus spectaculaire et le plus enchanteur dont puisse rêver un Wanderer – voyageur vagabond – des temps modernes. C’est une escapade extraordinaire de près de 500 kilomètres que retrace Minh-Triêt Pham dans son douzième recueil poétique, à la fois percutant et fascinant, qui relève de la richesse et la finesse d’un dialogue impromptu et d’un jeu de non-réponses entre l’art du haïku et celui de la photographie.
Il est grand temps de partir pour un road-trip en Bavière, riche en découvertes au travers des sommets, alpages, forêts, gorges, lacs, villages, églises, monastères, châteaux dont certains de contes et légendes : Neuschwanstein « le château de la Belle au bois dormant », Mangturm « la tour de Raiponce », Watzmann « le cruel roi », ou encore Rotofen « la sorcière endormie ». Le tout en trilingue assorti d’une bonne dose d’évasion, de fraîcheur et de surprise…
matin calme —
un cri de chocard
déplace la montagne
ruhiger Morgen —
der Schrei einer Dohle
bewegt den Berg
calm morning —
a chough’s scream
moves the mountain
Tout est dans le titre : que l’on se trouve au fond de la vallée du désespoir à se morfondre ou au sommet d’une pyramide maslowienne en plein accomplissement personnel à travers ses centres d’intérêts et passions, le confinement s’est révélé l’extraordinaire prisme des multiples facettes de nos introspections.
Au rythme de la pandémie de Covid-19, de ses impacts et de la récession socio-économique qui en découle, le poète et ses compositions nous emportent dans un véritable voyage initiatique au cœur des événements et de soi, d’où jaillissent en nous-mêmes émotions, contemplation ou recueillement :
sur une étoile filante
mon vœu de délivrance
traverse la Voie lactée
À travers son huitième recueil de haïkus, trilingue, Minh-Triết Phạm puise son inspiration dans la magie de la culture germanique, dans les profondeurs du Rhin et dans le mouvement de l’élément « Eau » pour offrir à ses lecteurs une immersion totale et séculaire dans les paysages splendides de la Vallée du Haut-Rhin moyen, également patrimoine mondial de l’UNESCO. Ses compositions perspicaces et innovantes laissent cette fois libre cours à nos émotions pour suivre les flots entre rêve et réalité. Au fil de cette croisière énigmatique, se succèdent les panoramas idylliques et enchanteurs dont on ne sait plus s’ils sont contes ou légendes.
À la croisée de l’histoire et du mystère, Minh-Triết nous permet la rencontre avec une Allemagne aussi facétieuse que sa Loreley, aussi multiple que les courants de son fleuve mythique, aussi authentique que ses vieilles pierres au charme incomparable. Le lecteur n’en finit plus de poser son bivouac à chaque page. Il se délecte de l’aventure et de la découverte, au gré des saisons et des âges, des scènes pittoresques, des lumières changeant de nuances et d’intensité, des odeurs et des saveurs venues d’outre-Rhin réveiller nos sens et notre imagination pour un moment privilégié de partage avec le poète…
retrouvailles —
elle boit du Sekt
et mes paroles
Wiederbegegnung —
sie trinkt Sekt
und meine Worte
get-together —
she drinks Sekt
and drinks in my words
Minh-Triết Phạm signe son septième recueil poétique et nous invite, cette fois, à une balade-haïku dans le grand Massif central, dont la chaîne des Puys a récemment été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ses compositions, toujours inspirées et pleines de fraîcheur, nous projettent au cœur des mystérieux volcans d’Auvergne et font résonner la magie de l’instant et nos propres émotions aussi bien que nos chaussures sur les scories.
De villes en villages, de puys en cratères, de moment figé en panorama mouvant, le lecteur découvre l’alchimie des photo-haïkus du terroir, authentiques et originaux, purs et profonds, insolites ou nostalgiques. On se laisse aussitôt enivrer et captiver par le haïjin mutin. Au fil du voyage, clins d’œil et clairvoyance, peines et réconforts, vieilles pierres et paysages à perte de vue prolongent rêverie et plaisir du partage avec l’auteur et son sens de l’aventure. Un recueil bilingue à déguster en toute sérénité, ou presque…
ces volcans d’Auvergne
se réveilleront-ils un jour ?
mon portable vibre
will those Auvergne volcanoes
wake up one day?
my phone vibrating
Avec ce nouveau recueil de renku, Christiane Haen-Ranieri et Minh-Triết Phạm nous emmènent dans les lieux de Paris que nous connaissons pour la plupart pour les avoir visités ou traversés mais sans y avoir nécessairement prêté attention. Nos deux auteurs, par le pouvoir des mots, nous convient à travers l’ouvrage à un voyage parallèle qui apparaît telle une vision, une remémoration de ces coins et recoins de la Ville Lumière grâce à leur touche personnelle et originale. Il y a toujours un détail qui fait mouche et qui permet par exemple de lier un site ou un monument à un chef-d’œuvre, à un passé propre, ou encore à une anecdote insolite.
Alors oui, Paris est une romance dont le patrimoine riche et chargé d’histoire nous revient en mémoire comme sous la forme d’un dialogue entre deux poètes qui se répondent en improvisant dans le mouvement d’un flux qui paraît si naturel alors qu’empreint de règles. Chaque strophe va à l’essentiel par l’émerveillement ou par un zeste comique ou antinomique, ou encore par une évidence déconcertante et enjouée qui nous saute aux yeux et qui nous fait dire : « Ah oui, comme c’est bien vu ! »
Pour les distiques qui succèdent ou précèdent les tercets, et réciproquement, c’est à nous lecteur de faire le lien, soit parce qu’il coule de source, soit parce qu’il résonne en nous d’une façon particulière en fonction de notre vécu, de notre sensibilité. C’est là, semble-t-il, qu’opère la magie du renku qui interpelle, évoque un souvenir ou nous amuse par les trouvailles de nos haïjins.
En tout cas, Christiane et Minh s’en sont donnés à cœur joie, et pour notre plus grand plaisir, ils ont réussi à partager avec nous leur amour et leur passion pour le haïku, pour la culture et pour notre belle capitale : Paris.
Dans ce recueil de renku, les deux auteurs, Minh-Triết Phạm et Christiane Haen-Ranieri, nous invitent à voyager d’un paysage à l’autre jusqu’au cœur de leurs passions communes : le renku, la photographie et le tourisme culturel. Le lecteur est alors très vite captivé par une conversation des plus surprenantes.
Viêt-Nam et Alsace se répondent dans une joute poétique entre un pays d’Asie du Sud-Est et une région française qui, à priori, ne se ressemblent pas du tout. Et pourtant, la magie opère, et les deux poètes qui portent cet ouvrage en traduisent les mêmes regards, émotions et sentiments. Parfois on ne sait plus si c’est Christiane Haen-Ranieri qui écrit sur l’Alsace ou si c’est Minh-Triết Phạm qui écrit sur le Viêt-Nam, ou inversement. Peu importe, ce sont les découvertes et les impressions qu’ils nous transmettent comme autant de clins d’œil sensibles. Les deux auteurs ne font qu’un dans ce dialogue qui scelle leur amitié et amène le lecteur là où il ne pouvait s’y attendre. Histoire, civilisations, monuments, plats traditionnels diffèrent certes, mais les auteurs, eux, partagent la même approche de la démarche, de la perspective et de l’esprit.
Dans ce nouveau livre, très vite le lecteur peut se rendre compte que Minh-Triết Phạm n’hésite pas à faire partager ses enchantements à travers des circonstances fortuites ou des situations personnelles. Pour lui, le je est partie prenante, mais chaque fois avec une sorte d’humilité ou de rationalité qui amène le haïku à une simplicité telle qu’on la croirait synonyme de grâce.
L’auteur parvient tout au long du recueil à nous surprendre et nous interpeller par sa clairvoyance qui, par moment, nous fait éprouver l’émerveillement du contemplatif au cœur du quotidien, et cela se ressent dès les premiers haïkus. C’est un ouvrage qui se lit comme une kyrielle de petits bijoux tercets qu’on déguste et redéguste à chaque lecture.
La postface de Monique Leroux-Serres explore avec une acuité rare la technique et la sensibilité de ce haïjin qui vit son écriture comme une manière presque de se dépouiller lui-même pour mieux appréhender le réel poétique des choses simples de la vie qui, soudain, suscite une résonance complice et participative.
Quant aux versions anglaises et vietnamiennes, elles apparaissent là à la fois pour témoigner des origines culturelles et intellectuelles de l’auteur, mais aussi comme pour démontrer l’universalité du haïku. Si les photos du poète prônent l’art du haïsha, le lecteur y reconnaîtra l’expression visuelle du braille. Cette nouvelle expression du haïku est sans doute une première et ne fait que raffermir la volonté de l’auteur d’ouvrir le haïku à une autre dimension.